Itinéraires des Photographes Voyageurs 2018. BordeauxPage Facebook
L'associaiton Les éditions participer partenaires famille contact

Patrice de Bruxelles
weltberg, la montagne-monde
voyageurs du monde
DU LUNDI AU SAMEDI 10H > 19H
28 RUE MABLY, 33000 BORDEAUX

Depuis 2014 et la mort d’un de mes proches, je me suis attelé à disparaître : j’ai arrêté de prendre des photos, coupé les ponts avec la plupart de mes amis et cessé toute activité hormis celles indispensables pour subvenir à mes besoins. Je me suis astreint à une vie minimaliste dans mes échanges sociaux comme dans mon rapport au monde.

La mort de ce proche est venue réveiller chez moi une envie antérieure de me couper du monde. Je me suis toujours senti un peu désarmé pour affronter les rames de métro bondées et embaumées des haleines matinales, braver la chaleur artificielle de mes collègues suffoquant sous la pression professionnelle et lutter contre les notifications oppressantes des messageries et autres réseaux sociaux avec leur injonction à communiquer.

C’est d’abord avec l’espoir de me dissimuler que j’ai abordé les sentiers des alpes autrichiennes. Abandonner une société du spectacle à laquelle j’ai déjà trop participé. Pourtant, au cours de ces journées passées à arpenter les flancs et les crêtes montagneuses, m’est revenu en tête le jeu de Guy Debord et Ivan Chtcheglov : la dérive psychogéographique. Cela consiste à délimiter un territoire et à en explorer les moindres recoins en un temps limité. Seul dessein : en revenir avec des poèmes, des photographies ou des esquisses…

En entreprenant ce jeu, j’ai commencé subtilement à me sentir vivant quelque part, relié à un lieu. La monotonie des pas répétés à laquelle je me suis soumis sur ces sentiers et l’acuité de l’esprit requise par cette dérive psychogéographique ont fini par m’ancrer au creux de ces montagnes.

De retour à Bruxelles, les photographies réalisées ont tout à coup pris la saveur d’un monde que je n’avais jamais vu et qui était pourtant sous mes yeux. Durant ces heures de marche, je n’ai pas tant fait l’expérience de me recentrer sur moi-même qu’au contraire éprouver le sentiment de n’être plus personne en particulier ; juste un souffle de vie impermanent relié à ceux qui nous ont précédés et ceux qui nous survivrons.

Patrice de Bruxelles

De l’origine de mon nom de famille à l’emploi de mon nom d’emprunt, la dissimulation est un élément récurrent dans ma vie. Mon intérêt pour la photographie a donc été tout naturel ; si nous croyons qu’elle rend visible le monde, nous oublions trop souvent qu’en tant qu’artifice elle participe aussi à le dissimuler. Diplômé en anthropologie et en photographie, j’explore dans mes projets cette frontière entre l’apparent et le latent. Mon travail est tout autant documentaire que fictionnel, intime que distant. Il questionne chacun de nous sur qui nous sommes et comment nous nous mettons en scène, ici et maintenant.

www.patricedebruxelles.com